Sylvie PAUCHET : « L’indignation transforme le négatif en positif »

 

« Manager, indignez-vous ! »

 

l’Experte 16 h 44

 

Entrepreneure en Belgique et au Luxembourg, Sylvie Pauchet s’est passionnée pour la motivation des équipes. Quelques années en Italie l’ont même conduite à manager ses équipes à distance, une forme de management alors précurseure. 

Au sein du Réseau Entreprendre, en Artois, elle combine son investissement au sein du monde associatif à son expérience d’entrepreneure pour développer l’appui aux entrepreneur.e.s en mobilisant un réseau de dirigeants bénévoles fortement investis. 

Un terrain propice à l’expression de valeurs fortes qu’il convient de respecter, quitte à s’indigner ! 

 

Sylvie, tu es convaincue que l’indignation est un ressort utile, et notamment lorsque l’on est manager. Pourquoi ?

 

Dans le contexte de crise que nous vivons, j’ai souvent en tête la phrase “Vous n’aurez pas ma liberté de pensée”, et beaucoup de choses me ramènent à l’ouvrage de Stéphane Hessel “Indignez-vous !”

Les périodes de crises (Covid mais aussi restructuration, changement de paradigmes) peuvent nous conduire à adopter une attitude moutonnière en exacerbant  le risque qu’il y aurait à ne pas se conformer.

La question de la responsabilité, qu’elle soit familiale, sociétale ou professionnelle, est un enjeu crucial en ces temps particuliers où les lignes bougent. C’est un sujet qui m’intéresse tout particulièrement lorsqu’il s’articule autour du thème des libertés et du risque de leur privation. L’urgence peut expliquer en partie la docilité, car les crises induisent une réaction rapide. Mais elles ne doivent pas justifier tous les renoncements, certains enjeux notamment ne doivent pas être sacrifiés au nom de l’urgence. Il n’est pas sain d’endormir complètement son esprit critique, et c’est important d’être capable de s’indigner lorsque des valeurs qui nous semblent essentielles sont bafouées.

 

Cette attitude indignée, qui peut parfois s’apparenter à de la provocation,  te semble-t-elle constructive ?  

 

Je pense qu’elle l’est car l’indignation va bien plus loin que la critique ou la plainte stérile. Le fait de se plaindre soulage sur le moment mais ne requiert pas de courage. La plainte est essentiellement tournée sur des préoccupations personnelles alors que l’indignation est plutôt, selon moi, orientée vers les autres, avec une intention de construction à terme. 

L’indignation est exigeante. 

-Elle requiert une prise de risque et donc courage.

-Elle mobilise un effort intellectuel pour aboutir à une réflexion construite, porteuse de nouvelles perspectives et de nouvelles approches.

-Elle requiert un haut niveau d’énergie pour enclencher le changement, faire face aux détracteurs et déboucher sur des avancées réelles.

-Elle suppose très souvent une sensibilité à l’environnement au moins autant qu’à soi-même

 

Quelles sont tes sources d’indignation au quotidien ?

 

Cela peut être des choses anodines comme la façon de dire au revoir en disant “ bon courage”, quand il exprime le fait de compatir à ce que ta journée va être difficile. Je préfère le “have fun” !

A mes débuts de commerçante, j’ai été indignée  par le statut et le manque de considération vis à vis des équipes de vente, par les contraintes qu’elles avaient à gérer notamment le weekend. Cette indignation m’a poussée à organiser leur travail différemment en leur libérant un samedi chaque mois, par exemple.

Lors de la crise du Covid, c’est de voir comme la peur est nourrie de toute part et parfois artificiellement. Alors que le risque est inhérent à la vie. N’importe quel choix de vie est empreint de risque. Réfléchir, imaginer différentes options est une attitude bien plus constructive que d’accepter aveuglément une doctrine unique.

J’ai observé aussi des entrepreneurs s’indigner que leur secteur d’activité soit rapidement étiqueté comme nuisible. S’efforçant alors de le réhabiliter avec des arguments mesurés, ils constatent aujourd’hui fournir des produits indispensables en termes de santé public !

 

Quels conseils donnerais-tu aux lecteurs et lectrices de 16h44 pour que leur indignation ne les transforme pas tel « Don Quichotte » en redresseurs de torts utopistes ?

 

Sans aller jusqu’à clamer, à la Zola, un nouveau “J’accuse”, je dirais que l’indignation repose sur un choc de valeurs. A un moment, on se rend compte que ce que l’on vit n’est pas normal, que cela heurte nos convictions.

C’est alors le moment de s’indigner. Cela comprend un risque, mais si ça peut contribuer à ce que le monde qui nous entoure soit en accord avec nos valeurs profondes, c’est important, non ?

Le point de départ est très émotionnel, qui nous indique que quelque chose ne va plus. Cette révolte peut effectivement nous transformer en Don Quichotte si nous subissons notre émotion au lieu de la dominer. Si l’on agit de façon trop vive, le risque est de perdre des soutiens prêts à rallier la cause.

Cette période peut-être dangereuse. Mais n’est-ce pas désespérant de mourir si l’on n’a pas vécu ? 

La deuxième étape consiste alors à mettre en oeuvre de nouvelles solutions, de nouveaux comportements. Les premières avancées concrètes ouvrent la voie, à condition de se protéger des regards extérieurs, généralement destructeurs. L’innovation est rarement accueillie positivement puisqu’elle enfreint les règles existantes.

Et comme on s’indigne de quelque chose d’extérieur à nous, les bénéficiaires, quand ils reçoivent le cadeau, rendent beaucoup de force et d’énergie.

La consolidation passe souvent par une approche plus rationnelle qui se traduit par des appuis chez des pairs ou des supérieurs. Cette étape construit la force et la pérennité de la démarche via le collectif. Elle est difficile à réussir puisque le leader à la base est isolé.

D’après toi, quel est le “mindset” qui amène à s’indigner ? G. B. Shaw disait : “L’homme raisonnable s’adapte au monde, l’homme déraisonnable s’obstine à essayer d’adapter le monde à lui-même. Tout progrès dépend donc de l’homme déraisonnable.” 

 

Qu’en penses-tu ?

 

On est presque invincible lorsque l’on sait jusqu’où on est prêt à aller ! L’indignation est un vrai moteur. J’observe souvent chez les femmes et hommes qui se lancent dans l’entrepreneuriat la sublimation d’une indignation.

Par exemple 

– Un niveau d’études qui devrait limiter le potentiel et qui se transforme en  dépassement de soi.

– Ne plus être en phase avec les valeurs du groupe qui me sont imposées, sur la place qu’on me laisse, alors je crée le monde qui me correspond.

– S’indigner sur le management qui m’est imposé dans la façon de traiter les autres, alors je crée ma propre voie ...

Regardez comme les inégalités sociales sont un moteur puissant d’action dans la monde.

Alors indignez-vous et créez le monde qui vous semble juste !

 

 

L’Application 16h44 : Votre potentiel d’indignation

 

Première question

Qu’est ce qui vous indigne dans votre environnement ? 

Rien ?  vous avez fini l’exercice. Bravo vous ne vous plaignez donc jamais.

Quelque chose ? Allez à la question 2 

 

Deuxième question  :

Quels sont les sujets qui vous indignent ? (au niveau de votre entreprise, de son management, de la culture d’entreprise, de votre environnement personnel ou sociétal)

Listez- les !

 

Troisième question :

Exprimez-vous votre indignation ?  

Si oui : Comment, quand , de quelle façon ? 

Quels sont les risques et les bénéfices pour vous et votre environnement ? 

Si non ?

Quels sont les bénéfices  et les risques à accepter une situation qui ne vous convient pas ? 

 

Quatrième question :

Comment utilisez- vous la force de cette indignation ? Quelles actions mettez-vous en oeuvre ou allez-vous mettre en oeuvre pour transformer cette situation négative en action constructive pour vous et pour votre entourage ?

 

 

2 commentaires sur “Sylvie PAUCHET : « L’indignation transforme le négatif en positif »”

    1. Merci. Toujours agréable d’avoir des retours, surtout quand ils sont positifs.
      N’hésitez pas à vous abonner (gratuitement) pour informer de chaque nouvelle interview mensuelle.
      Bon management et pleine réussite dans vos projets 🙂
      Take care

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