Philippe PAUL : “Dans la pire des situations, la vie a plein de ressources”

 

 

“Voyage au pays de la confiance en soi”

 

L’Expert 16 h 44

 

Philippe PAUL était développeur auprès d’entreprises et de territoires lorsqu’à l’âge 50 ans, il décide de prendre une année pour faire le tour du monde. Une année de 30 mois finalement durant laquelle il découvre une quarantaine de pays, escalade les plus hauts cols, s’initie à la plongée en apnée, goûte des vers avec les hommes-fleurs sur l’île de Siberut à Sumatra, arpente en Chine le sentier le plus dangereux au monde…  Jusqu’à ce que la pandémie de Covid-19 le pousse à rentrer en France et à reprendre sa vie de manager, dépaysé et plein d’une confiance nouvelle en soi et en la vie. 

 

 

Philippe, nous avions prévu cet entretien il y a plus de deux ans. Entre-temps, tu as parcouru le monde,  de quoi veux tu nous parler après ce voyage fantastique ? 

 

De la confiance. De la confiance en la vie, de la confiance en soi et en ce qui peut nous arriver. 

 

 

Pourquoi le thème de la confiance te semble t-il particulièrement intéressant pour les managers de 16h44 ? 

 

Parce que manager une équipe est presque autant une affaire de relations aux autres que de relation à soi. Comment bien guider les autres si l’on n’est pas soi-même au clair et confiant dans le chemin à prendre ? Si tu es inquiet, peu assuré, le risque est de compenser par un contrôle malvenu et peu productif, car tu chercheras toujours à vérifier indirectement si les directives données sont bonnes, si au fond tu ne te trompes pas, et alors tu feras porter à ton équipe ton incertitude et parfois même tes erreurs.

Au contraire, quand on est serein, confiant en soi,  notre management est différent. On a tendance à laisser les gens beaucoup plus libres, puisqu’on estime qu’ils ont entre les mains ce qu’il faut pour choisir le chemin juste.

 

 

Qu’est-ce que la confiance, selon toi ? Quelle forme prend-elle concrètement ?

 

C’est vrai que la confiance en soi est un sujet complexe et systémique. 

Pour moi, la confiance en soi c’est d’abord la liberté, la liberté d’oser.

C’est se dire que ce qui va arriver, peu importe de quoi il s’agit, va m’apprendre quelque chose, peut-être me challenger, me réinterroger, que ce sera plus ou moins facile à gérer mais que dans tous les cas je sortirai enrichi par l’expérience. Car j’ai osé. 

Je pense aussi qu’avoir confiance, c’est savoir qu’il n’y a pas qu’un seul moyen d’arriver à sa destination, que les chemins sont variés et qu’il faut s’ouvrir à la nouveauté ou à l’inconnu. Même si a priori le changement nous fait peur, il est une danse pour rebondir et inventer de nouveaux pas. Cela implique de prendre conscience de notre ignorance aussi, et de  faire confiance aux autres pour éviter de tomber dans le jugement hâtif. Respecter la façon de faire de mon ou ma collègue car son modus operandi contient ses aspirations. 

En cas de malentendu, il est toujours bon de se rappeler qu’il n’y a pas que de mauvais récepteurs, il y a aussi de mauvais émetteurs. C’est important de faire l’effort de s’adapter à la perception de l’autre. L’empathie est une vraie intelligence émotionnelle qui génère un management plus flexible et plus “complice”. 

 

 

Tu pressentais déjà cela avant de partir, mais tu m’as dit que ton tour du monde t’avait conforté dans cette idée et illustré tes intuitions. 

 

La confiance c’est la confiance en l’autre. C’est aussi  la confiance en ce qui t’arrive. Quand un mur se dresse sur ton chemin ,  tu as le choix d’emprunter un autre chemin, de faire demi-tour ou de prendre le mur. C’est à toi de choisir. Accepter le fait de devoir rebondir parfois, de faire preuve de résilience aide à avancer.  

 

Lors de mon tour du monde, plusieurs situations limites m’ont marqué. 

Le Bangladesh, par exemple, n’était pas prévu. Je le percevais trop dangereux. Puis j’ai rencontré au Bhoutan des bangladaises qui m’ont fait l’éloge de leur pays. Alors je me suis dit : “ok, j’y vais”, malgré une légère appréhension. J’ai laissé cette rencontre modifier mon itinéraire. Et ce pays a été l’une de mes plus belles découvertes ! Le souvenir est d’autant plus fort qu’il a assez mal commencé : problème à l’aéroport, arnaque du taxi qui me laisse à la nuit tombée à plusieurs kilomètres de l’auberge de jeunesse, avec une foule incroyable et personne qui ne parle l’anglais.… J’aurais pu être dépassé par la colère ou la crainte, renoncer, mais à ce moment-là, justement, c’est la confiance qui a pris le dessus, ça faisait partie des aléas du voyage et je l’ai accepté. 

J’ai beaucoup d’anecdotes comme celle-ci ou les situations les moins bien engagées ont laissé place à des moments géniaux. 

Au lac Baïkal en Sibérie, au retour d’une sortie avec des pêcheurs, je suis seul et je rentre dormir. Je croise une femme qui me hurle dessus, son chien me menace. Le contenu de mon sac est éparpillé. La situation peut vite basculer en cauchemar. J’essaie de comprendre. Elle ne parle pas anglais. Je décide alors d’aller récupérer  mes affaires, et de m’éloigner. Un pêcheur entendant les cris vient vers moi. Je ne sais quelle est son intention. Je tente de lui expliquer la situation. Il ne parle pas anglais. Son allure et ses dents en or ne me rassurent pas. Il est accompagné d’un collègue en treillis,  à l’apparence de mercenaire. Seul sur cette île habitée essentiellement par les anciens du goulag, les pensées fusent au sein de mon cerveau.

Finalement, ils m’aident à prendre mes affaires en m’intimant de les suivre. Mon intuition est d’ être  en sécurité. Nous rejoignons  les autres pêcheurs rencontrés plus tôt. Ils sont pauvres, très pauvres. Nous mangerons tous dans la même “gamelle” car ils n’ont pas d’assiette. On va boire ensemble de la vodka et ils vont me saouler. Le lendemain ils me réveillent  à 5h00 pour aller pêcher avec eux et vivre un moment exceptionnel

Je ne comprendrais que tard dans la soirée ce qui s’est passé avec cette femme. Son mari, pêcheur, est rentré ivre à la maison. Elle pensait que c’était à cause de moi et me l’a exprimé plutôt vivement, il est vrai.

 

 

 

Dans la pire des situations, la vie a plein de ressources, il y a toujours quelque chose ou quelqu’un qui arrange les choses, qui t’offre une issue. 

 

En tant que manager, il faut travailler son intuition. 

Lorsque vous vous trouvez en mauvaise situation (pour votre entreprise ou votre carrière) vous pouvez ressentir la voie qui est bonne pour vous, et celle qu’il faut fuir. Mais pour ça, il faut déjà croire que la solution est forcément là, quelque part, et donc avoir une certaine confiance en la vie même quand les apparences sont peu réjouissantes. L’inquiétude limite notre capacité à observer avec le recul nécessaire une situation critique.

Et le rôle du manager est aussi d’aider son équipe à prendre ce recul, à ne pas se laisser submerger par le stress ou s’enliser dans une spirale d’échec. 

Sur la route, mon sac me donnait l’impression de peser parfois 10 kilos, parfois 30, alors qu’il en faisait toujours 20… Un bon manager est celui qui va donner l’impression à son équipe que le sac est léger et qu’elle a la capacité de s’aventurer au-delà de ses propres frontières !

 

 

Comment booster sa propre confiance ?

 

J’ai fait l’ascension de l’Aconcagua (6962 mètres) et à un moment, la peur m’a gagné. Je réalisais que je risquais ma vie, il faisait froid, l’effort était intense, l’altitude me paralysait. J’allais renoncer mais j’ai trouvé une force nouvelle en pensant à Jade, une petite fille handicapée rencontrée lors de ce tour du monde. Penser à elle et en quelque sorte lui dédier cette ascension m’a permis de me reconcentrer sur l’objectif, a relégué la peur, le froid et la fatigue au second plan.

Avoir peur est normal, l’important est de savoir la gérer et, malgré elle, de ne pas perdre de vue les objectifs. Si la peur paralyse votre management et vous empêche de lâcher-prise ou d’innover : créez la diversion, remettez au premier plan l’objectif. Acceptez les inquiétudes, écoutez-les, mais mettez-les au service du mouvement. 

 

 

 

16h44 L’application

Comment ancrez-vous vos forces et votre confiance ?

Comment utiliser le contexte quand il est complexe pour gagner en confiance ?

C’est quoi votre Everest à vous ?

 

7 commentaires sur “Philippe PAUL : “Dans la pire des situations, la vie a plein de ressources””

  1. Superbe interview qui fait rêver mais replace la confiance où elle doit être … lien essentiel dans toute tentative de partage.
    Merci Philippe de ce bon moment riche de sens.
    alain

    1. Merci beaucoup et avec plaisir de partager sur ces 2 Tours du Monde. Celui que tout le monde voit (paysages, monuments, cultures, âmes du monde,..). Et celui invisible qui n’est que sont voyage intérieur qui nous aligne et nous fait papillonner vers notre verite…

  2. Très jolie interview, qui donne du sens au voyage, celui qui permet d’aller à la rencontre de l’Autre comme la rencontre de Soi.

  3. Salut Philippe,

    Ton témoignage est très fort et instructif.

    J’ai l’impression d’y être….par procuration tu m’as fait vivre ton voyage, et c’est vrai que ça donne envie.
    J’espère que tu as des pistes pour un nouveau job.
    Sinon penses à Expertise France car avec ton CV et ton expérience de vie, tu sembles correspondre au profil de manager qu’ils recherchent pour développer leurs projets à l’étranger.
    Bonne route et à bientôt.
    Benoît.

    1. Salut Benoît. Merci. Oui je sais que vous m’avez suivi avec beaucoup d’assiduité. Pour le travail, ce qui est une question prégnante au moment de la décision de partir, je n’ai jamais trouvé un poste aussi vite. 15 jours. Aussi incroyable que cela puisse paraître, la confiance génére des situations étonnantes et surprenantes. Encore merci pour tes conseils et tes informations. Peut-être un jour en Bzh… À très bientôt

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