Cécile PAVAN : « La relation à l’argent au coeur des enjeux managériaux »

« L’important est de comprendre que nous nourrissons toutes et tous une relation particulière à l’argent »

 

L’Experte 16h44

 

Depuis plusieurs années, Cécile met au service des entreprises, ses connaissances en matière de gestion et de finance, ainsi qu’un talent certain pour le coaching. En décryptant la relation propre que chacun entretient avec l’argent, elle pousse les managers à mettre en question des croyances souvent solidement enracinées et à évaluer sous un jour nouveau le bien-fondé de leurs décisions entrepreneuriales. Aujourd’hui, l’Experte 16h44 nous parle d’automatismes liés à l’argent et nous aide à les dépasser pour avancer dans nos projets comme dans notre relation aux autres.

 

Cécile, comment le thème de l’argent a t-il pris place au coeur de ton activité de coaching et de ta réflexion managériale ? 

 

Pendant plus de 10 ans, en aidant des chefs d’entreprise à structurer le financement de leur projet, je me suis rendu compte qu’il y avait un lien étroit entre les éléments financiers et leur comportement, comme si leur compte de résultats décrivait leur personnalité.

J’ai souvent pu constater que, lorsqu’il s’agissait de données financières, la raison cédait la place à un empressement passionné, ou au contraire une prudence démesurée, à des comportements illogiques et souvent contre-performants. J’ai acquis ainsi la conviction qu’il se jouait là, dans notre propre rapport à l’argent, quelque chose que l’on n’apprend pas quand on se forme aux métiers de la finance ou de l’expertise comptable.

Par ailleurs, au sein des comités de décision ou d’engagement, la question de la relation du dirigeant à l’argent n’est pas prise en compte, alors qu’elle exerce une part importante dans le devenir des projets. On analyse les éléments financiers, la compétence, le réseau du dirigeant mais jamais cet aspect, pourtant déterminant.

 

Comment as-tu creusé la question, et qu’as-tu découvert finalement ? 

 

J’ai commencé par réfléchir sur ma propre relation à l’argent, questionner la place que  l’argent occupait dans ma vie, son influence. Lorsque j’ai créé mon entreprise, le sujet était encore plus pertinent. Il était déterminant de clarifier ma zone de force, ou au contraire les obstacles que j’allais engendrer, pour que l’argent devienne un atout au service de mon projet.

J’ai beaucoup lu, je me suis formée à différentes approches,  et à partir de toute cette matière, j’ai construit la méthode d’accompagnement que je développe avec et pour des dirigeants.

L’important est de comprendre que nous nourrissons toutes et tous une relation particulière à l’argent, nourrie par nos expériences les plus lointaines, et qu’analyser cette relation est un formidable outil de découverte de soi. Décrypter les comportements réflexes (aussi bien nos comportements que nos réactions devant les comportements des autres) et voir ce qu’ils disent de nous est une partie du travail. Par exemple, quelqu’un peut se sentir frustré de payer 5 centimes de plus une baguette, alors que l’enjeu financier est inexistant pour lui.

Le thème de l’argent suscite des émotions très vives : joie de gagner, tristesse de perdre, malaise ou culpabilité de se faire payer, fierté d’avoir un statut, et souvent peur de manquer.

Ces émotions ne sont pas proportionnelles aux enjeux financiers (ce qui serait logique) mais à la force des principes de chacun. Nous fonctionnons avec des schémas de pensées qui orientent notre perception de la réalité.

Imaginez que votre nouveau collègue arrive en Porsche. Il est probable que cela suscite chez vous des pensées préformatées. Ces interprétations parlent de vous, de vos représentations, de vos valeurs, peut-être de vos limites.

 

Qui sont les dirigeant(e)s qui font appel à toi ?

 

Les gens qui font appel à moi ont déjà conscience que leur relation à l’argent les bloque ou les perturbe. Ca peut être par exemple un(e) entrepreneur(e) qui est régulièrement confronté à des problèmes de trésorerie et qui se sent freiné dans son développement. Souvent c’est le côté récurrent qu’il lui fait penser que le problème vient de lui.

La tendance à attirer ou à repousser l’argent modèle la façon de se comporter.

Je peux vous citer quelques profils types que j’observe de manière récurrente :

Il y a celui qui est très autonome et qui a tendance à vouloir garder l’argent. Il développe de grandes qualités de gestionnaire. C’est excessif dès lors qu’il est victime de son souci d’optimisation, s’il perd du temps à économiser quelques euros. Il faut comprendre ce qu’il cherche à sécuriser et rééquilibrer le rapport gestion/développement.

Profil inverse : une personne qui adore développer de nouveaux projets et prendre des risques. Pour elle, l’argent n’est pas un frein, si le projet est bon l’argent suivra. Cette croyance l’aide parfois mais elle a ses limites. Il peut minimiser ou ignorer les besoins en financement et mettre en péril son entreprise.

Une tendance également assez répandue est celle qui consiste à avoir du mal à faire payer ses prestations. Cela repose sur la croyance que ce n’est “pas bien” de faire payer, voire qu’il mériterait d’être gratuit…

Plus rare, le sentiment que l’argent est tabou peut avoir des conséquences fâcheuses. Une dirigeante pour qui l’argent était réellement tabou avait laissé son associé prendre en charge tous les aspects liés à l’argent. Lors d’une transmission, elle était en grande difficulté pour affronter les banquiers ou les experts-comptables.

Dans certains cas, une faillite peut créer un traumatisme qui limite la capacité à investir à nouveau, mais le plus souvent c’est dans l’éducation ou l’histoire personnelle que s’enracine notre conception de l’argent.

 

Comment travailles-tu avec eux ? Ces dirigeants semblent déjà être capables d’identifier leur problème, comment peux-tu leur venir en aide ?

 

Une fois qu l’on a identifié un comportement excessif et irrationnel, on a déjà franchi une étape. Il reste ensuite à accompagner le client dans sa recherche du comportement juste, l’aider à trouver une forme de souplesse et des réponses efficaces. Il faut identifier ensemble les leviers émotionnels, les encadrer afin de replacer la question de l’argent au centre d’un raisonnement juste et éclairé.

J’ai accompagné un dirigeant très stressé par l’avenir de son entreprise qui, d’un point de vue financier, se portait très bien.

Il était tellement inquiet qu’il lui fallait en permanence chercher de nouveaux fournisseurs, accepter des contrats complexes, faire le travail des salariés pour économiser quelques heures de production. Il en résultait évidemment une mauvaise ambiance, un important turn over, une dégradation sociale… La situation devenait invivable tant pour lui que pour l’entourage, l’entreprise.

Une fois l’origine de cette peur identifiée, il est devenu possible de la relativiser. Cela lui a permis de lâcher prise sur certaines résistances et peu à peu l’ambiance est revenue.

Tout l’enjeu du suivi était de trouver l’équilibre entre ses besoins personnels de sécurité et les besoins de son entreprise (ambiance, perfomance).

 

 

 

L’application 16h44

Dans une situation où l’argent est présent, soyez attentif à vos émotions et demandez-vous si elles sont justifiées par des données objectives.

Remémorez-vous les étapes marquantes de votre trajectoire financière (gain ou perte importante, succès, risque, etc…) et tentez d’identifier ce que ces événements ont imprimé en vous en terme de rapport à l’argent.

Repérez chez les autres les comportements relatifs à l’argent qui vous surprennent ou vous dérangent.

Quand vous aurez détecté une envie de changer ou de faire évoluer le comportement qui limite votre dynamique de développement, vous pouvez contacter Cécile.

Retrouvez Cecile ici :   https://www.cecilepavan-coaching.fr/relation-a-largent/

 

 

3 commentaires sur “Cécile PAVAN : « La relation à l’argent au coeur des enjeux managériaux »”

  1. Très bel article; bravo! La thématique est en effet importante!
    Nous avons eu la chance d’y travailler avec Christian Junod lors de La formation executive coaching à HEC et malgré les 10 mois déjà passés avec mes camarades de promo, cette nouvelle clef de lecture nous a appris beaucoup sur nous-mêmes et les autres…

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