Managers, le bonheur ne se découpe pas en tranches !

Aurélie PEREZ : Le Bonheur !

 

« Managers, le bonheur ne se découpe pas en tranches ! »

 

L’Experte 16h44

 

Aurélie Pérez a toujours travaillé à améliorer le bien-être des autres. D’abord orthophoniste puis experte en gestion des émotions, elle a ensuite investi le territoire de l’entreprise où certains de ses clients, cadres ou managers l’ont amenée à devenir coach. En 2016, suivant son instinct et sa curiosité, elle part pour un long périple aux États-Unis, décidée à comprendre ce qui rend les gens heureux au travail. Depuis son retour, l’experte du bonheur et de la santé au travail multiplie les interventions : peut-être l’avez-vous déjà croisée à l’IAE de Tours, à Lille, à l’occasion d’un TEDX…

 

 

Aurélie, que retiens-tu de ton expérience, en France comme aux États-Unis ?

 

Mes différentes observations m’ont permis de confirmer des intuitions, ou de mieux comprendre des choses que j’avais pu expérimenter. Pour résumer, je dirais que l’on peut tous être heureux à condition de ne pas idéaliser le bonheur. Une journée normale est ponctuée de petites parcelles de bonheur qu’il ne faut pas masquer par une vision du bonheur grandiloquente et inatteignable. Ensuite, j’ai compris que séparer le bonheur au travail et le bonheur personnel est une erreur. Le bonheur est global, fait d’équilibres subtils entre les différentes sphères de notre vie.

Enfin, le bonheur n’existe que si on le vit. C’est-à-dire qu’il n’advient que si l’on est nous-même en mouvement, actif, et si l’on ose des choses.

 

Quels sont les obstacles au bonheur ?

 

Je dirais que les obstacles majeurs sont la peur et le stress. Mon expérience d’orthophoniste m’avait sensibilisée assez tôt au côté inhibiteur du stress et à l’importance de savoir gérer les émotions.

Ensuite, la culture d’une société peut favoriser ou au contraire freiner une dynamique de bien-être. J’ai rencontré aux États-Unis, dans la Silicon Valley, une jeune cadre de 25 ans, dont le travail consistait à prendre des décisions d’investissements de plusieurs millions de dollars. En France, c’est peu probable d’être si responsabilisé à cet âge. D’ailleurs, des jeunes français m’ont fait part de leur sentiment d’être bloqués à cause d’un parcours dans une école d’ingénieur modeste. Ils se libéraient du poids de l’âge ou du diplôme en partant à l’étranger. Les cultures américaine et française sont très différentes lorsqu’il s’agit d’encourager un projet, une aventure… Moi-même, quand j’ai évoqué le périple que je comptais mener, j’ai surtout reçu des conseils de prudence : il fallait attendre, mieux me préparer, trouver des sponsors, mesurer les risques… Alors qu’aux États-Unis, on me disait que c’était le bon moment, que ça allait être une belle expérience et que j’allais apprendre beaucoup.

Enfin, l’organisation au sein de l’entreprise peut contribuer à entraver le bonheur des équipes. J’ai observé des organisations au sein desquelles la peur du mouvement a sclérosé les comportements. A trop rechercher la sécurité, certains dirigeants provoquent l’immobilisme et tuent les envies. La petite flamme de l’enthousiasme et de la motivation s’éteint alors peu à peu en chacun, mais ne demande qu’à être ravivée !

A l’inverse, d’autres organisations encouragent l’initiative, notamment grâce à la confiance du manager en ses équipes. J’ai rencontré des dirigeants qui ont adopté une manière positive d’aborder les difficultés et les échecs et qui favorisent ainsi l’initiative. Oser génère du plaisir et inspire les autres : plusieurs personnes m’ont confié que mon aventure les avait poussées à relancer des projets endormis. J’ai croisé également des managers qui souhaitaient développer cette dynamique positive mais qui se sentaient prisonniers de la culture trop hiérarchique.

 

Qu’as-tu appris des managers qui favorisent effectivement le bonheur au travail ?

 

D’abord, que ce ne sont pas ceux qui ont le plus recours aux discours sur le bonheur, sur la résilience et sur la bienveillance qui sont les plus aptes à diffuser le bien-être dans leur entreprise ! Il ne suffit pas simplement de parler de “co-construction” ou de “bottom-up” pour rendre la démarche effective. Au contraire, les discours ont tendance à faire passer comme universelle l’opinion d’une minorité et à masquer les ressentis de la majorité, qui sont souvent plus nuancés. Il vaut mieux agir que parler !

 

Concrètement, j’ai remarqué des comportements propres aux managers qui favorisent le bonheur au travail.

Ils recrutent sur le savoir-être davantage que sur les compétences. Ils n’hésitent pas à choisir un collaborateur motivé plutôt qu’un expert, certainement brillant mais qui ne correspondra pas à l’équipe. Cela est particulièrement vrai aux États-Unis pour les grandes métropoles que j’ai sondées, où l’adhésion à la culture de l’entreprise est primordiale.

Les managers qui insufflent du bien-être sont ceux qui sont eux-mêmes épanouis. Ils savent prendre du temps pour eux, certains en ont très bien conscience et ne négocient pas avec leurs moments de liberté. Ce n’est pas réaliste d’attendre de ton équipe le calme et la capacité à gérer les tensions si toi-même tu n’as pas cette ressource. Tout comme le stress génère du stress, la sérénité génère de la sérénité. J’ai rencontré des managers qui ont enfoui leurs propres besoins et qui se sont perdus, tiraillés entre les différentes sphères de leur vie. D’autres ont surinvesti le champs du travail, occultant le reste. Cette motivation extrême et permanente, toute orientée vers le travail, peut être dangereuse. Le risque de burn-out est élevé tout comme le développement d’addictions : boisson, alimentation… Les troubles du sommeil sont un avertissement à ne pas négliger. La clé est dans l’équilibre : travail, loisirs, famille… Il faut trouver la place et le temps qui convient pour chaque domaine qui nous importe.

Enfin, ils s’intéressent au bien-être de leur équipe comme une constante de leur management, et pas uniquement en cas de problème (à la manière des entreprises qui font appel à un coach comme on appelle les pompiers une fois l’incendie déclaré). Ils sont vigilants et font en sorte que chaque collaborateur soit écouté, trouve sa place et l’espace pour déployer son talent.

 

Que conseillerais-tu à un manager qui souhaite progresser dans ce domaine ?

 

De faire des choses simples, souvent évidentes mais efficaces, et de les faire de manière récurrente, constante.

Notamment :

  • Apprendre à respirer correctement. De bonnes dispositions passent avant tout par une bonne respiration.
  • Ne pas perdre de vue que pour donner le meilleur de soi, il faut se ressourcer. Se ressourcer, ce n’est pas du temps perdu.
  • Travailler sa confiance en soi, en cherchant si besoin des méthodes simples pour s’aider dans cette voie. Comprendre que la confiance repose, notamment, sur l’estime de soi et l’amour de soi est une première étape.
  • Travailler son équilibre intérieur avant de vouloir changer l’environnement.
  • Accepter que l’équilibre nécessaire au bonheur est fait de multiples déséquilibres. Sinon, il ne s’agit pas de bonheur mais d’une accumulation de plaisirs.
  • Porter une attention particulière aux mots et concepts employés. J’ai rencontré une entreprise dont le rythme de travail est quinze jours de “sprint” puis deux jours de repos. Qui peut sprinter pendant aussi longtemps ? Il faudrait sûrement appeler ça de l’endurance.

 

 

 

16h44. L’application

 

Chaque jour

 

Dans le mois

  • Organisez un échange avec une personne que vous connaissez à peine. Ouvrez-vous à l’inconnu, laissez-vous surprendre et apprenez de nouvelles choses.
  • Découvrez les bienfaits des odeurs sur les émotions : déposez quelques gouttes d’huile essentielle de romarin par exemple sur un mouchoir et inspirez plusieurs fois. (tonique pour le cerveau et la mémoire :  à utiliser en cas de fatigue mentale)
  • Accordez-vous une activité pour réinvestir votre corps et de ne pas rester « dans votre tête » : un massage, du sport, une randonnée, une séance de sophrologie, cuisiner, jouer de la musique…

 

 

 

HORS INTERVIEW, POUR MÉMOIRE

– les interviews bonheur (http://aurelie-perez.fr/2016/)

– les conseils pour jeunes entrepreneurs (http://www.ap8.fr/index/articles/preparationmentalepourfutursentrepreneurs)

– le talk du TedX de Valenciennes de 2017 (https://www.youtube.com/watch?v=vKRP8S8mgbo)

 

4 commentaires sur “Aurélie PEREZ : Le Bonheur !”

  1. Si comme cela est mentionne la culture américaine renforce le bonheur alors pourquoi Aurelie est elle en France? Quand les français me disent que je suis bête d’être aux USA a cause du manque de vacances j’aime leur répliquer que quand on aime son travail on essaye pas d’y échapper par les vacances mais c’est un concept des fois qui relève de parler a des extra-terrestre tellement la culture française n’associe pas bonheur et travail. Bonnes vacances a tous mes amis français échappez vous !!!!

    1. Bonsoir Alain, pour répondre à votre question, je suis en France car non éligible à un visa américain pour le moment.
      Je travaille à mon avenir pour repartir en Californie de manière pérenne et en attendant, je distille bonheur et optimisme en France !

    2. Entre experts, Aurélie sait qu ‘elle a un bon point d’appui aux States avec toi :). Et puis il y a quand même moyen d ‘être très heureux au travail en France. Surtout pour celui qui lit régulièrement 16h44, non ? 🙂
      Bientôt une vision Ukrainienne du management.. A suivre 🙂

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