Alain Jezequel l'innovation

Alain JEZEQUEL : Le processus de l’innovation

« Il faut simplifier à l’extrême le processus de l’innovation »

 

L’Expert de 16 H44

 

Formateur de plusieurs générations de consultants dans le domaine de l’entreprise innovante (intervenant HEC, séminaire des docteurs en sciences du CEA,..) Alain Jezequel est reconnu pour son expertise du développement de la PME. Nombreux sont les territoires, les dirigeants de PME, et les patrons de grands groupes dont les projets ont vu leur trajectoire infléchie par ses conseils avisés, souvent discrets, toujours marquants.

Cette semaine, il nous emmène à la découverte des voies de l’évidence, grâce à une approche moderne et innovante de l’innovation.

 

Alain, Vous avez une conception simplificatrice de l’innovation. Quelle est-elle?

Ma conviction, c’est que pour des innovations efficaces et réussies, il faut simplifier à l’extrême le processus.

 

1 – Sur quoi repose cette approche ?

Elle repose sur plusieurs idées simples et fortes observées au cours des années

Idée 1 : Contrairement à ce que l’on pense, tout le monde ne peut pas être acteur de l’innovation. Il existe des centaines d’ inventeurs indépendants qui se croient géniaux. L’innovateur efficace est lui, un spécialiste de son secteur (un mécanicien a toujours tendance  à  penser que l’informatique est très facile et réciproquement) mais la maîtrise en profondeur d’un métier n’est jamais simple.

 

Idée 2 : Il y a une différence fondamentale entre l’innovation de rupture et l’innovation incrémentale. L’innovation de rupture est presque toujours issue de la recherche fondamentale. Elle demande de gros moyens pour être exploitée et à la fin, les  grands acteurs  raflent la mise.

C’est sur  l’innovation incrémentale que vous, dirigeants, pouvez concentrer efficacement vos efforts, grâce à un processus extrêmement simplifié.

 

2 – Quel est-ce processus ?

Pour innover le dirigeant a besoin de « témoins du secteur » qui vont  jouer un rôle-clé, en proposant des évolutions, des pistes liées aux besoins de l’utilisateur, et ceci en dehors de la seule préoccupation commerciale. Ce témoin, appelons le « témoin imaginatif », dispose d’une richesse d’informations très précieuses, d’une ouverture d’esprit et d’une posture différente de celle de l’entreprise.

 

3 – Qui est-ce témoin imaginatif ?

C’est  souvent un  client  qui connaît  bien les produits de votre entreprise comme  consommateur ou utilisateur , qui soit à la fois concret et imaginatif. Cette relation avec lui va apporter bien plus que de nombreuses réunions de brainstorming, chères et souvent peu efficaces. Je ne crois plus trop à leur efficacité pour innover. Gardons les pour résoudre des solutions à des problèmes clairement identifiés.

 

Son importance est cruciale  dans le processus. Il va guider l’entreprise par son besoin en perpétuelle évolution. Ses attentes sont souvent simples (une solution moins coûteuse, un accès plus simple, une fonctionnalité qui lui simplifie la vie quotidienne, mais cela va parfois bien au-delà).

Le témoin imaginatif aide  le dirigeant à trouver des pépites. C’est une ressource simple, efficace, puissante mais, étrangement, presque jamais utilisée par les entreprises dans le domaine du b to b.

Si je comprends bien, le témoin imaginatif est la source  des innovations les plus efficaces. Une fois l’idée détectée, comment se poursuit le processus ?

Ensuite, le processus se poursuit de façon simple, avec bon sens. L’idée formalisée se mue en concept. Sa faisabilité technique donne lieu à des ajustements, puis l’industrialisation s’opère. A chaque étape, le témoin imaginatif aide l’entreprise à rester concentrée sur le vrai besoin de l’utilisateur.

 

4 – Un exemple ?

La mise en œuvre d’un fauteuil roulant équipé de roues plus larges à l’avant. Résultat : la possibilité pour un handicapé d’aller dans le sable et de se baigner dans la mer.

 

Parmi tous les accompagnements (flops et succès)  que vous avez suivis, comment se fait-il qu’une démarche aussi simple fasse mouche ?

Parce que l’innovation  c’est simple…….. mais une innovation réussie, ça ne se construit jamais seul. En mettant en connexion d’une part, un expert de son métier, et d’autre part, un ou des utilisateurs concernés, la magie de la relation se crée et la valeur ajoutée apparaît.

Aussi parce que dans cette relation, l’intuition, le subjectif et l’intelligence concrète se combinent.

 

 

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16 h 44 L’Application : Expérimentez « La Minute Manager »

 

Identifiez parmi vos clients, partenaires, les 5 témoins imaginatifs potentiels pour votre  entreprise.

Approchez-les et sélectionnez ceux avec qui le feeling passe, au-delà de la simple relation commerciale.

 

Quelques questions pour engager le dialogue avec lui  :

 

  • Comment sentez-vous l’évolution du marché ?
  • Quels sont les nouveaux besoins à appréhender ?
  • Est-ce qu’on peut faire un bout de chemin ensemble ?
  • Est-ce que vous souhaitez m’aider ?

 

 

3 commentaires sur “Alain JEZEQUEL : Le processus de l’innovation”

  1. Et que pensez-vous d’associer aussi une tierce personne, qui n’est ni experte, ni usager ? Cela permet d’apporter un œil extérieur, voir un développement possible, ou simplement de faire apparaître une variable inconnue des deux autres.

    Une problématique liée à l’innovation est que les entreprises ont souvent peur de perdre la paternité de leur idée en s’ouvrant à l’extérieur, y compris à certains centres de recherche qui pourraient les aider à gagner du temps.

    Merci pour les pistes d’expérimentation.

    1. Bonjour Reynald. Voilà la réponse de Alain Jézéquel à ton commentaire . merci à vous deux !

      Merci de la transmission de ce commentaire.
      Il tombe à pic au moment où je lis le très intéressant interview de Yosra Boughattas que je rejoins dans l’importance des compétences et donc de l’expérience … On a beaucoup parlé du changement de paradigme créé par le passage de l’économie des biens et services à l’économie de la connaissance, mais je crois que la composante d’expérience (s’appuyant sur la connaissance) associée à la créativité (source de l’innovation) est essentielle pour assurer le développement de l’entreprise. De ce fait, je suis maintenant très réservé sur la démarche de brain storming qui inclut des personnes sans expérience du secteur conduisant à une créativité débridée dont l’expérience montre qu’en général elle est très peu exploitable … Mon raisonnement et mes conseils s’appuient aujourd’hui plus sur une démarche de design thinking qui souligne le facteur essentiel des compétences … et de l’expérience … ce qui rejoint complétement la pensée de Yosra Boughattas que j’ai beaucoup appréciée.
      Le second aspect soulevé par le commentaire concernait la protection des idées … Soyons clair. Au delà des procédures juridiques normales d’engagement de confidentialité, il me semble normal que si le témoin imaginatif (personne connaissant le secteur et souvent concerné par les résultats du projet), assume parfaitement sa mission,il puisse être intéressé aux résultats sous une forme à définir avant de s’engager dans une telle « collaboration » innovante.
      j’espère avoir été clair
      encore bravo à Yosra Boughattas et merci au commentateur qui m’a aidé à préciser ma pensée.

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